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Constitution et gestion d'un portefeuille de placements

La gestion d'un portefeuille consiste à gérer de façon constante et systématique des avoirs financiers dans le but d'atteindre les objectifs de placement de l'épargnant, en tenant compte des risques qu'il est en mesure d'assumer. Dans la plupart des cas, cela s'effectue à l'aide d'un portefeuille équilibré. On arrive à un équilibre du portefeuille en combinant des "valeurs défensives" (pour la sécurité et le revenu) et des "valeurs dynamiques" (qui offrent des possibilités de plus-value du capital, comme des valeurs d'avenir). Un portefeuille équilibré est conçu d'abord en fonction de l'évolution des marchés de capitaux et en vue d'obtenir le meilleur rendement global.

Afin d'assurer la gestion efficace d'un portefeuille, quel qu'en soit le type, le gestionnaire doit posséder des connaissances plus approfondies et consacrer beaucoup plus de temps et d'efforts que ce n'est le cas pour la plupart des décisions d'achat et de vente de valeurs particulières. Le gestionnaire doit étudier avec soin et réévaluer périodiquement les objectifs, le niveau de risque acceptable et la situation financière de l'épargnant; il doit également se tenir au courant des règlements fiscaux qui touchent les épargnants. La constitution d'un portefeuille se fait en cinq étapes, toutes essentielles si le gestionnaire de portefeuille veut atteindre le véritable objectif de la gestion de portefeuille, qui est de maximiser le rendement total compte tenu de la capacité de l'épargnant à assumer des risques. Les cinq étapes sont les suivantes :

  1. évaluation de la situation personnelle ;
  2. établissement des objectifs de placements ;
  3. choix de la combinaison des avoirs ;
  4. constitution du portefeuille ; et
  5. gestion du portefeuille.

Évaluation de la situation personnelle

Comme les placements sont choisis pour répondre aux besoins particuliers de chaque épargnant, le processus de gestion des placements doit commencer d'abord par l'établissement d'un profil précis de l'épargnant. Ce n'est que par l'étude de tous les facteurs pouvant influer sur une stratégie de placement que le gestionnaire peut faire des recommandations judicieuses et gérer le portefeuille de manière efficace. Ces facteurs comprennent un grand nombre de facteurs personnels dont l'âge et la santé, la situation financière, la position fiscale, les responsabilités et engagements familiaux, le niveau de connaissances en placement et l'aptitude ou la tolérance au risque.

L'exercice relatif à la planification financière personnelle permet d'ailleurs au conseiller en placement d'approfondir sa connaissance de son client.

Objectifs de placement

Les épargnants peuvent choisir parmi de nombreux titres, dont le niveau de revenu et de sécurité, les probabilités de rendement et la négociabilité varient. Comme ces variables n'ont pas toute la même importance pour l'épargnant, certaines valeurs sont choisies ou recommandées parce qu'elles permettent d'atteindre un objectif précis. C'est pourquoi les besoins ou les objectifs de l'épargnant doivent être clairement définis avant de procéder à la constitution du portefeuille. Une analyse des caractéristiques principales de l'épargnant aidera le gestionnaire de portefeuille à s'assurer que les objectifs du client sont à la fois adéquats et réalistes.

Il y a des objectifs de placement primaires et secondaires. Les premiers indiquent quelles catégories de valeurs doivent avoir prépondérance dans un portefeuille (tel que revenus, plus-value du capital et sécurité du capital) et les seconds indiquent quelles valeurs particulières doivent être choisies à l'intérieur de ces catégories (tel que réduction des impôts et négociabilité). Toutefois, bien que les prévisions relatives au marché des capitaux peuvent être un facteur déterminant quant à la composition définitive du portefeuille.

Combinaison des avoirs

La troisième étape de la gestion d'un portefeuille équilibré, qui est également la plus importante, consiste à déterminer la combinaison optimale des avoirs. Il s'agit d'allouer une partie des capitaux de placement à diverses catégories de valeurs en tenant compte du rendement prévu pour chacune. Par exemple, si les actions ordinaires semblent plus attrayantes que les autres catégories de titres, elles devraient constituer une part plus importante du portefeuille.

Les recommandations relatives à la combinaison des avoirs sont habituellement établies pour des périodes allant jusqu'à douze mois. Les recommandations qui portent sur des périodes plus longues ont généralement une valeur limitée parce que l'économie et les marchés de capitaux évoluent constamment. C'est pour cette raison que les facteurs influant sur la combinaison des avoirs doivent faire l'objet d'une surveillance constante, et que la combinaison des avoirs doit être rajustée aussitôt que la conjoncture modifie l'attrait relatif des diverses catégories d'avoirs. En outre, puisqu'un portefeuille doit refléter les recommandations touchant la combinaison des avoirs, les modifications apportées justifient souvent la vente ou l'achat d'un titre particulier.

Le gestionnaire de portefeuille peut choisir parmi trois grandes catégories d'avoirs : les espèces ou les quasi-espèces, les valeurs à revenus fixes et les actions. Le premier groupe comprend les titres à revenus fixes à court terme tels que les bons du Trésor, les dépôts à terme et les effets de commerce. Le deuxième comprend, entre autres, les obligations, les débentures, les actions privilégiées et les titres hypothécaires. Les actions ordinaires ainsi que les droits et les bons de souscription font partie du dernier groupe.

La combinaison des avoirs et les objectifs de placement sont des facteurs déterminants dans la constitution d'un portefeuille équilibré. La première détermine quelle catégorie d'avoirs devrait être achetée ou avoir prépondérance, tandis que les objectifs de placement dictent la combinaison des titres à l'intérieur de chaque catégorie. Par conséquent, les placements faisant partie d'un portefeuille équilibré peuvent à l'occasion sembler incompatibles avec les objectifs de placement. Par exemple, si l'objectif premier d'un épargnant est la plus-value ou l'augmentation de rendement total, mais que ce sont les titres à revenus fixes qui sont les plus intéressants, le rendement total du portefeuille ne pourra être maximisé que par l'achat de valeurs à revenus fixes. Et même si l'épargnant n'a pas besoin de revenus, le portefeuille doit continuer d'être composé surtout de titres à revenus fixes afin d'atteindre les objectifs de l'épargnant.

Lorsqu'on cherche à maximiser le rendement total d'un portefeuille équilibré, il est plus important de favoriser la bonne catégorie d'avoirs que d'obtenir des résultats supérieurs à un indice ou à la moyenne du marché pour chaque catégorie. Cette assertion est d'autant plus vraie lorsque les marchés de capitaux sont instables.

Le choix de la combinaison des avoirs est très complexe et se fonde sur une analyse comparative de tous les marchés de capitaux. La décision doit tenir compte de tous les éléments qui peuvent influer sur une catégorie d'avoirs. Ceux-ci comptent, notamment, les activités prévues dans les secteurs privés et publics, tant à l'échelle nationale qu'internationale; il faut étudier les politiques gouvernementales, les bénéfices des sociétés, la situation économique et la conjoncture des marchés, et tenir compte de l'interprétation de ces données.

À cause de la complexité des données et de la subjectivité de leur interprétation, il est très difficile de prévoir de façon précise l'ampleur des fluctuations dans une catégorie particulière d'avoirs. C'est pour cette raison que les recommandations concernant la combinaison des avoirs pour un portefeuille équilibré visent des proportions, c'est-à-dire qu'un pourcentage minimum et maximum est alloué pour chaque catégorie. Cette méthode montre non seulement que les événements futurs sont difficiles à prévoir, mais laisse également au gestionnaire de portefeuille la marge de manoeuvre nécessaire pour répondre aux besoins différents des clients ou pour saisir les occasions de placement particulières qui pourraient se présenter.

Gestion de risques

Le gérant de portefeuille a pour rôle de constituer un portefeuille qui donnera les meilleurs rendements possibles compte tenu du niveau de risque particulier que l'épargnant est en mesure d'assumer. Toutefois, comme l'orientation et l'ampleur des fluctuations des marchés des actions ou des taux d'intérêt (c'est-à-dire des marchés des valeurs à revenus fixes) échappent au contrôle du gestionnaire de portefeuille, la gestion des risques est un aspect fondamental de la gestion du portefeuille. Comme le risque est la seule variable qui puisse être vraiment contrôlée dans le rapport risque/rémunération, le gérant de portefeuille qui désire augmenter le rendement doit tenir compte de l'augmentation correspondante du niveau de risque.

Constitution d'un portefeuille

Après avoir bien compris les caractéristiques principales de son client, ses objectifs de placement précis, décidé de la combinaison des avoirs et déterminé le niveau de risque que son client peut assumer, le gestionnaire de portefeuille peut alors constituer le portefeuille; si seule une partie de ces données est prise en compte, le portefeuille peut être mal structuré et engendrer des problèmes entre le client et le gestionnaire du portefeuille.

C'est la combinaison des avoirs qui est le point de départ du processus de constitution, puisqu'il s'agit là du facteur le plus important dont il faut tenir compte lorsqu'on établit un portefeuille équilibré. De fait, la combinaison des avoirs dicte globalement les proportions relatives de chaque catégorie de titres, et les objectifs de placement déterminent les pourcentages définitifs et la combinaison des titres au sein de chaque catégorie. Par exemple, si les actions représentent de 40 à 60% du portefeuille, il faut que cette proportion soit respectée. Toutefois, ce sont les objectifs de placement qui permettent de déterminer si ces proportions devraient être acquises pour satisfaire ces exigences.

Le gestionnaire de portefeuille choisit les placements liquides en fonction de ses prévisions relatives aux fluctuations des taux d'intérêt à court terme et en tenant compte du niveau de risque acceptable pour le client. S'il estime que les taux d'intérêt chuteront à court terme il choisira alors du papier à 90 ou à 180 jours de préférence au papier à 30 jours. Lorsque l'échéance a été fixée, il faut choisir les titres en fonction du niveau de risque acceptable pour le client. Toutefois, comme les différences de rendement d'un effet à court terme à l'autre sont faibles et qu'un portefeuille compte habituellement une faible proportion d'effets à court terme, les bons du Trésor du gouvernement du Canada satisfont généralement les objectifs de la plupart des épargnants.

Ce qu'il est important d'obtenir avec la section des valeurs à revenus fixes c'est une échéance moyenne qui donnera lieu aux meilleurs rendements, compte tenu des variations prévues des taux d'intérêt et du niveau de risque acceptable pour le client. Par conséquent, si l'on prévoit une augmentation des taux d'intérêt, on doit réduire l'échéance des valeurs à revenus fixes en portefeuille et, par le fait même, diminuer le risque. Par contre, si l'on prévoit une baisse de taux, il faut alors prolonger l'échéance et accroître ainsi le potentiel de rendement.

Une fois que les échéances ou le pourcentage alloué à chaque échéance ont été choisis, les objectifs de l'épargnant déterminent quels titres sont les plus appropriés. Ainsi, l'épargnant qui recherche la sécurité du capital choisira de préférence des émissions gouvernementales. L'épargnant qui recherche les meilleurs rendements après impôts choisira des obligations qui se vendent au-dessous du pair ou des actions privilégiées. L'épargnant plus dynamique peut mettre l'accent sur une échéance particulière et choisir des actions de sociétés convertibles ou classiques.

Une fois choisi le pourcentage exact accordé aux actions, il reste à choisir des titres qui permettront à l'épargnant d'atteindre ses objectifs dans les limites du risque qu'il peut accepter. Lorsque ses objectifs sont le revenu et la sécurité du capital, le pourcentage alloué aux actions se situera au niveau le plus bas recommandé, il faudrait alors acheter des titres qui possèdent les caractéristiques des valeurs sûres. Lorsque l'épargnant vise la plus-value et qu'il a une meilleure tolérance au risque, alors les valeurs d'avenir, et les valeurs spéculatives constitueront un pourcentage plus grand.

Afin de structurer la section des actions, on doit déterminer quels secteurs et quels marchés sont les plus attrayants et quelles valeurs dans chaque catégorie répondent le mieux aux besoins de l'épargnant. Bien que l'évaluation de l'attrait relatif des secteurs d'activité et des marchés soit la méthode de sélection la plus répandue, les titres peuvent être classés d'autres façons. En effet, les actions peuvent être groupées en fonction de certaines caractéristiques inhérentes à ces secteurs d'activité, comme le fait que l'industrie soit cyclique ou non cyclique, qu'elle soit plus ou moins sensible aux variations des taux d'intérêt, qu'elle soit plus ou moins capitalistique ou assujettie à la réglementation gouvernementale. Quel que soit le système de classification utilisé, le gestionnaire de portefeuille efficace doit fonder son choix en allant des catégories générales aux titres particuliers.

Gestion du portefeuille

La constitution d'un portefeuille n'est qu'une première étape. La gestion, par contre, est un processus continuel. Il est donc essentiel d'établir un système qui permet de surveiller la pertinence des titres en portefeuille et des stratégies de placement. Il s'agit, d'une part, de surveiller les changements survenus au niveau des objectifs, de la situation financière et des préférences de l'épargnant et, d'autre part, de surveiller les prévisions relatives au marché des capitaux et aux sociétés.

Il est essentiel de toujours bien connaître les objectifs du client. La tolérance au risque des épargnants peut évoluer de même que leurs besoins de liquidité, d'épargne ou leur tranche d'imposition. C'est pourquoi le profil général du client doit être mis à jour de façon régulière.

Les marchés de capitaux évoluent constamment afin de refléter les modifications apportées aux politiques des gouvernements et de la banque centrale, la croissance ou le marasme économique et les déplacements des divers secteurs prospères de l'économie. Le gestionnaire de portefeuille doit être au fait de l'orientation de la politique monétaire, des prévisions du PNB et du taux d'inflation, de l'évolution des besoins des consommateurs et des dépenses en immobilisations ainsi que de l'incidence possible de tous ces facteurs sur la combinaison des avoirs ou sur les titres en portefeuille. Le gestionnaire de portefeuille a pour défi d'anticiper les changements et de modifier systématiquement le portefeuille pour que soient respectés les attentes relatives au rendement et les objectifs du client. Les modifications apportées sont fondées sur les mêmes principes que ceux qui régissent la constitution du portefeuille.

 

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